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La gauche en Europe : chronique d'une mort annoncée ?
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28 août 2008
par Mark Trevelyan
TBILISSI (Reuters) - Même s'il a conduit la Géorgie à un conflit désastreux avec la Russie et perdu deux provinces du pays, le président Mikhaïl Saakachvili ne semble pas menacé pour l'heure sur le plan politique, l'opinion s'unissant derrière lui face à l'adversité.
"C'est un moment de solidarité nationale. L'opposition a souhaité un moratoire sur ses divergences ouvertes avec le gouvernement parce que le pays est occupé", explique Lawrence Sheets, directeur du Caucase à l'International Crisis Group. "Je pense que plusieurs mois passeront avant que la population commence à poser des problèmes politiques au gouvernement."
Saakachvili, avocat de formation, diplômé aux Etats-Unis, se présente comme un défenseur de la démocratie mais sa répression vigoureuse des manifestations de l'opposition en novembre dernier et sa vive rhétorique antirusse ont inquiété certains observateurs occidentaux.
Sa tentative de reprendre par la force dans la nuit du 7 août la région sécessionniste d'Ossétie du Sud - l'une de ses promesses de campagne avant sa réélection en janvier dernier - a été sanctionnée en quelques jours par une vaste contre-offensive de l'armée russe.
En privé, des responsables occidentaux estiment que Saakachvili partage avec Moscou la responsabilité initiale de la crise actuelle en s'étant laissé provoquer par la Russie.
Mais en reconnaissant mardi la sécession de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, le Kremlin a franchi une ligne rouge qui a redonné un coup de fouet au président géorgien.
Les pays occidentaux ont fermement et unanimement condamné cette décision et la Chine, en proie à des tensions séparatistes, s'est dite "préoccupée" par ce geste.
"ERREUR DE CALCUL"
Dans un entretien mercredi matin avec Reuters, Saakachvili est apparu revigoré par le soutien international.
"La dernière chose que je souhaitais, c'est d'avoir raison de cette manière. Mais l'important, c'est qu'il est enfin temps d'ouvrir les yeux et de voir de quoi il s'agit", a-t-il dit.
A une question sur la stabilité de sa position, il a répondu vite, en confiance: "Je suis persuadé que notre peuple est uni comme jamais auparavant. Sur ce point, la Russie a commis une grosse erreur de calcul. Il ne s'agit plus de ma personne. La nation est plus mûre, la démocratie est plus vigoureuse et l'impact à long terme sera exactement l'inverse de ce qu'ils voulaient."
Le sentiment nationaliste est particulièrement palpable sur les écrans de la télévision nationale qui passe en boucle des images de civils tués dans des bombardements russes, accompagnés de commentaires ridiculisant le président russe Dmitri Medvedev et son prédécesseur Vladimir Poutine.
Le quotidien Rezonansi a récemment titré en première page à propos de la Russie: "L'Empire du Mal, II".
"L'opinion est aujourd'hui scandalisée par la Russie. Cela renforce grandement la position de Saakachvili, sur le plan international bien sûr, mais aussi sur le plan intérieur", ajoute Lawrence Sheets. "Sa position politique a été confortée, peut-être par inadvertance, par cette décision russe."
UNE PÉRIODE DE SILENCE
Une importante étape pour le maintien au pouvoir du chef de l'Etat géorgien sera sa capacité ou non à tenir sa promesse de faire entrer son pays dans l'Otan. Beaucoup d'analystes jugent que le conflit avec la Russie a anéanti cet espoir.
Les Géorgiens attendent aussi des actes de la part des pays occidentaux, pas seulement des paroles.
"J'espère que la communauté internationale ne se contentera pas de déclarations", déclare Tina Khidacheli, une dirigeante de l'opposition. Elle préconise ainsi des pressions économiques, le rejet de la candidature russe à l'OMC (Organisation mondiale du Commerce) ou le boycott des Jeux d'hiver de 2014 à Sotchi, en Russie près de la frontière abkhaze.
Khidacheli assure que l'actuel gouvernement géorgien peut s'attendre à une "période de silence" de l'opposition. "Mais un jour viendra où la société géorgienne commencera à se poser des questions sur ce qu'il s'est produit dans notre pays", ajoute-t-elle.
La réponse pourrait venir alors de Nino Bourdjanadzé, ancienne professeur de droit et présidente du parlement.
Figure clé de la "révolution des roses" en 2003 qui a porté Saakachvili au pouvoir, elle a par la suite critiqué son ancien allié et abandonné la politique.
Mais elle a annoncé la semaine dernière qu'elle formerait son propre parti une fois la paix restaurée et certains observateurs jugent qu'elle sera une rivale de taille pour l'actuel président.
Dato, un jeune artiste de Tbilissi, estime déjà que le chef de l'Etat ne restera pas car, dit-il, Saakachvili est "responsable de l'agression".
Version française Jean-Stéphane Brosse









